Hommage à la proie

 
Exposition Présences, Musée de Bagnes
2026



Lorsqu’on m’a proposé d’investir ”la peur du loup”, j’ai d’abord été empruntée. Citadine depuis longtemps, je me ralliais de manière un peu naïve au camp de son retour, sans que cette présence ou absence ne trouble mon quotidien. Durant mon enfance, le loup avait disparu des montagnes jurassiennes et il n’appartenait donc pas au registre de mes peurs même imaginaires.

L’appel de la proie est venu d'une discussion avec une amie éleveuse, qui m’a affirmé que les brebis n’avaient pas “peur du loup”. C’est seulement face au prédateur que leur réalité basculait.

Pourtant, leur état de vigilance permanent, leur corps nerveux prêt à fuir, leurs oreilles à l’affût du moindre bruissement d’air font écho à un vécu que je connais bien. Celui de mes retours de soirée à vingt ans, tard dans la nuit, à l’affût d’un potentiel prédateur.

Car la brebis et moi partageons le statut de proie. Nous partagons aussi un processus ancestral de domestication qui nous a retiré notre capacité à nous défendre. Sélectionnées selon des critères physiques et comportementaux qui nous rendent plus aimables, plus pratiques, nous avons laissé l’agressivité aux béliers et les muscles aux hommes. Le fantasme du mâle alpha.

L’installation au Musée de Bagnes est issue de ce tissage réflexif entre proies et prédateurs, nourrit de rencontres avec des adolescentes de la vallée. Celles-ci ont partagé leurs expériences réelles et m’ont également conseillée dans la conception de la chambre d’adolescente. 


Merci Lucie Damond pour la réalisation du manteau feutré / Emile Deslarzes pour le partage de savoirs et de laine / Armelle Weil pour le dispositif réalisé dans le cadre des échanges avec les adolescentes / Sidonie Lasseron pour le montage.

Crédit photo : Olivier Lovey.